Décryptage d’un phénomène : les formations courtes à la programmation informatique

Par Nicolas Hovart,  Lien original de l’article:  ICI

Avez-vous déjà entendu parlé des bootcamps (ou “coding bootcamps”) ?

En quelques mots, ce terme désigne les structures de formation qui déclarent donner à n’importe qui la possibilité d’acquérir les compétences nécessaires dans un domaine, en utilisant généralement des méthodes pédagogiques innovantes (par projet, apprentissage entre pairs).

La majorité des bootcamps concernent actuellement le numérique (programmation informatique, graphisme, UX/UI, etc.) et permettent par exemple d’apprendre rapidement le développement d’applications web.

D’une durée comprise entre 3 mois et 1 an, ils peuvent être soit payants soit (parfois) gratuits, d’ailleurs un des enjeux pour les apprenants est souvent de dénicher les financements possibles .

La mixité dans les bootcamps serait plus importante que dans les filières traditionnelles 😉 (photo non contractuelle)

J’y ai croisé des newbies qui se cherchent, d’autres avec un projet professionnel précis, des entrepreneurs en herbe, des devs [développeurs] expérimentés souhaitant se perfectionner, et d’autres curiosités (comme moi !).

Mais que contiennent ces formations ? Est-ce que ça vaut le coup ?

J’ai choisi ici de me baser sur mon expérience au sein de The Hacking Project -comme apprenant- et de Simplon.co -comme formateur. Le tout parsemé de ma veille sur les autres structures.

[NB: Simplon.co ne se donnent pas la dénomination bootcamp, les propos sur ces structures n’engagent que moi].


Les ingrédients

Pour réussir à mettre en place un bootcamp selon moi, il vous faut :

  • des apprenants motivés souhaitant se former au code, prêts à y consacrer 10h par jour et parfois les week-ends.
  • du savoir disponible en ligne et à tout moment : via des MOOC (Openclassrooms forcément, Udacity, Coursera, EdX, etc.), des vidéos ou via des communautés en ligne (sites-forums comme Stack Overflow par exemple).
  • un.e “coach-facilitateur” : il n’y a pas de formateur mais un coach qui peut aiguiller les apprentissages, organiser le cursus et répondre à un certain nombre de questions techniques, au moins basiques. C’est lui qui stimule aussi les premières interactions entre les apprenants et la communauté. Sa présence quotidienne n’est pas forcément nécessaire sur la durée et peut se résumer rapidement à des échanges asynchrones.
  • un outil de communication en ligne, type Slack/Discord, idéalement avec des développeurs confirmés inscrits dessus et prêts à filer un coup de main, prêts également à “mentorer” le projet final. Là-aussi une sorte de communauté bienveillante.
  • un lieu : local si vous êtes dans un organisme qui peut se le permettre, sinon un appart, espace de coworking pas trop cher/gratuit ou même un squat afin que les groupes puissent travailler ensemble. Et c’est le jackpot si cet endroit est fréquenté par des développeurs sympas. NB : on voit apparaître des formations en “téléprésentiel” (en visio-conférence avec le groupe et le formateur).
Vous éviterez ce genre-là…

Le déroulement

Voici en bref les grands axes que l’on peut retrouver d’un bootcamp à l’autre :

  • phase initiale : pré-formation. Il s’agit de valider un parcours en ligne (sur un MOOC) indiqué. Par exemple le parcours Ruby de Openclassrooms, ou le parcours HTML/CSS de Codecademy pour citer des grands classiques. On ne peut que recommander le très bon FreeCodeCamp également.
  • phase intermédiaire : réalisations de projets individuels et en groupe. Ceux-ci étant accompagnés d’un ensemble de liens vers des sites, MOOC ou vidéos en ligne. Les projets devenant de plus en plus complexes au fur-et-à-mesure. En général cela couvre les bases d’un langage de programmation, l’utilisation d’un framework relatif à ce langage, le tout rythmé par les outils principaux et bonnes pratique du développeur.
  • phase finale : projet libre à réaliser en groupe et débouchant sur un rendu ou une présentation (les “Demodays”).
Un groupe lors de la session 2 de The Hacking Project

Avantages / inconvénients

Rapide analyse du concept et de ses particularités.

1. Les bootcamps c’est chouette pour :

  • parce que c’est épanouissant : Au niveau pédagogique on voit souvent l’articulation entre “peer-learning(c’est à dire l’apprentissage entre pairs : on travail et on apprend en équipe) et pédagogie par projet (on fait le maximum de pratique). Cela remet l’autonomie et la collaboration au centre de la démarche de formation et peut amener un épanouissement plus important pour les apprenants.
  • parce que ça favorise l’autonomie et l’initiative des apprenants. Notamment lorsqu’on sort de la relation asymétrique traditionnelle de formation (un prof qui a le savoir, les autres qui l‘écoutent).
  • pour la proximité avec l’écosystème des startups ou parfois les liens avec des agences de recrutement.
  • parce que c’est généralement plus mixte que dans les filières informatiques traditionnelles : autant sur l’âge que sur le sexe.
  • parce que le ratio investissement/rentabilité semble être avantageux : on en sort plus rapidement opérationnel sur le marché du travail que dans une formation classique (ce sera à confirmer, probablement dans un prochain article, en mettant en regard le prix de l’investissement et le salaire obtenu à la sortie).
  • Un certain nombre de financements sont possibles, mais encore faut-il les connaître ! Et à ce jour The Hacking Project est le seul entièrement gratuit (demandant néanmoins une caution).

2. … Mais il faut être averti puisque :

  • certains sont chers
  • les moins chers sont moins reconnu par le marché du travail
  • la sélection est implicite : il faut avoir un minimum de confiance dans ses capacités, être autonome et avoir une bonne communication pour surmonter les moments de doute et dédramatiser les difficultés.
  • Les infos sur les taux de réussite/échec sont généralement difficiles à trouver
  • on reste assez dépendant de la demande du marché : si on se spécialise dans un langage de programmation en particulier, voire comme souvent dans un framework (outil de développement) on devient trop spécialisé, et donc dépendant de la demande dans ce langage là.
  • les acquis sont rarement certifiants (on n’a pas forcément un papier reconnu qui stipule notre niveau): cela peut amener des difficultés à se vendre si on a pas encore acquis tout le vocabulaire et le savoir-être du développeur, voire si on a pas le réseau suffisant (lorsque le bootcamp ne le fournit pas).
  • on n’a pas de filet de secours si on abandonne (on n’a pas de “crédits” comme dans les parcours de l’enseignement supérieur, et donc pas d’équivalence de niveau possible dans un autre cursus).

En bref

Le phénomène des bootcamps est enthousiasmant à plusieurs titres : innovations   pédagogiques, promos hétérogènes, contenus en évolution constante, tout cela permet globalement de vivre une expérience d’apprentissage très concrète et stimulante.

Le plaisir de créer, d‘inventer, y reprend également une place importante. Certains lancent d’ailleurs leur projet à la suite de leur formation.

On ne peut dès lors que se féliciter d’initiatives gratuites et accessibles au plus grand nombre comme c’est le cas pour The Hacking Project, ou inclusives pour Simplon. Néanmoins ces démarches restent encore rares et n’ont pas toutes un modèle économique stable.

A noter qu’un des gros enjeu actuel pour les organismes qui proposent des bootcamps, c’est la mise en place des certifications professionnelles reconnues par l’état. Label pouvant apporter une sécurité supplémentaire à la structure et aux nouveaux formés.

 

 


Nicolas Hovart jongle entre pédagogie et programmation informatique depuis 2011. Il est le co-fondateur de PassTech, un chatbot permettant de trouver sa formation au numérique sur mesure !

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Nicolas Hovart

Co-fondateur PassTech.io | ex coach-facilitateur chez Simplon.co & MagicMakers | alumni du bootcamp The Hacking Project

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